Dans un contexte de consommation en berne et où les prix demeurent sous tension, les fabricants se trouvent face à un dilemme complexe à gérer : séduire, tout en s’infligeant des économies de matières. La clé ? Trouver le juste équilibre entre l’audace et la sécurité et miser sur la couleur pour réveiller les envies.

 

Bijoux

Dans la majeure partie des collections, les fabricants ont laissé place à la thématique de la mer. Coquillages, bois flotté et poissons des Caraibes s’inviteront donc sur les colliers plutôt ras au cou, les manchettes et les boucles d’oreille. Avec parfois un mélange d’inspirations orientales pour gagner la clientèle des bobos chics ou alors des airs de plage brésiliennes pour les ultrafshion. La nature est également louée pour ses vertus apaisantes. Les fleurs renouvellent de fait leur présence. Zen également demeure le mot générique qu’interprètent les marques dans une approche sensitive où domineront le vert lumineux, le jaune et le blanc. Pour d’autres, l’exotisme est à son comble dans les tonalités issues des faunes et flores tropicales (bleu outre mer, rouge coquelicot, vert bambou, rose indien, violet électrique, etc.). Il côtoie la tendance romantique rock qui s’appuie sur des aspects glitter, des strass et paillettes. A l’inverse, la douceur et la discrétion des vêtements macmax de couleurs s’imposent avec une floraison de bijoux en nacre et donc une dominante de pastel. Enfin, l’ethnique chic et baroque poursuit sa conquête auprès des amateurs d’horizons lointains. Si les influences orientales persistent, d’autres venues d’Amérique du Nord commencent à leur emboiter le pas. L’esprit Novaro, déjà entamé l’an dernier, devrait donc  être encore davantage décliné l’été prochain avec des mélanges de turquoise, de corail et de lapis-lazuli. Auxquels s’ajoutent des tissages de perles de rocaille, des franges, des cotes de mailles et des plumes. Côté volume, beaucoup s’accordent à dire qu’au vu de la montée du cours des métaux, et donc des traitements de surface, pas question de développer des modèles trop cossus et des formats trop grands. La réalité du marché imposant de réviser le poids des matières sans rien rogner de la créativité.

Chapeaux

Si le casual wear tend à dominer la tendance,  c’est pour son côté éminemment pratique. Les nylon, coton, rayon et lin sont justement plébiscités pour leur aspect souple et fonctionnel. Les chapeaux de pluie seront également de sortie, mais ils joueront sur des motifs et coloris punchy pour égayer le temps gris. S’il est difficile de révolutionner les formes qui reviendront à nouveau sur les casquettes, les cloches, les chapeaux à petits bords, les trilbies (ces petits modèles très souples), en revanche, les stylistes innoveront sur les dessins et les coloris. «C’est là que réside l’engagement créatif », soutient l’un d’eux. Toute la palette chromatique s’invite dans cet accessoire : des pastels aux naturels en passant par les toniques (orange, citron, coquelicot, vert émeraude, bleu indigo, rose corail) et même les fluos qui apparaîtrons dans les détails et les finitions comme les galons. Chic et urbain demeurent les thématiques toujours prégnantes, tout comme l’esprit marin avec les casquettes rehaussées de monogrammes nautiques et la mode ethnique avec les grandes capelines en rophia, en buntal ou en abaca réalisées de façon artisanale.

Foulards

Ce seront eux qui donneront la touche de couleur indispensable pour l’été prochain, si les autres accessoires optent pour des coloris traditionnels !  De fait, les stylistes ont privilégié les teintes toniques comme le fuschia, le vert menthe, le jaune soleil, l’orange (qui monte en force), le bleu roi et le rouge coquelicot. L’un d’eux avoue s’être inspiré de la palette de Matisse, un autre de la rue, des tags et des graffitis. Un autre encore mettra en place toute une ligne autour du bleu indigo. Les primaires qui tranchent auront donc le vent en poupe. Elles font résonance aux thématiques urbaines et graphiques proches du mouvement constructiviste. Le noir est alors introduit pour forcer le trait sur les détails. A l’inverse, la tendance des pastels, des poudrés ou des coloris naturels tiendra également le haut du pavé, que ce soit dans des unis, des bicolores sur des bases de blancs, des dégradés, des tye and die ou des imprimés. Lesquels balanceront entre grosses fleurs vintage, petits liberty champêtres, ou motifs géométriques dans l’esprit des boubous africains, sans oublier les pois, les carreaux vichy et les traditionnels thèmes animaliers. Notez néanmoins que si l’envie de fleur persiste, elles se dessinent avec plus de modernité pour sortir de son aspect trop bucolique, pour ne dire mièvre. Côté matières, douceur, fluidité et légèreté sont les maîtres mots. De fait, l’été fera à nouveau la part belle aux mousselines de soie, au lin, à des mélanges  soie et lin, soie et cachemire, au voile de coton, à la viscose, au modal et au bambou, mais plus encore au coton seul qui demeure une valeur sûre été comme hiver. « C’est une matière qui sort de la saisonnalité. Car elle est idéale aussi pour les hivers doux », explique une créatrice. Une chose est sûre, la mode des foulards va tendre vers plus de sobriété, hormis bien évidemment les lignes dédiées à la cérémonie. « Il y aura moins de rajouts, moins de clinquants, moins de paillettes. Plus personne n’a envie d’être une guirlande ambulante. La mode aspire à un retour à la simplicité », avoue une des marques interviewées. Les détails sont justement dosés. Une simplicité qu’explique aussi la nécessité d’économiser sur la matière. « Il faut alléger la matière pour des raisons de coûts et trouver des astuces pour réduire certaines opérations », ajoute-on. Une démarche impliquant une réelle capacité d’innovation. Enfin, pour ce qui est des formats, difficile de dégager une tendance, si ce n’est que le carré résiste et que l’on ressent une forte demande pour les grandes étoles et les foulards paréos.

 

 

Sacs

La couleur se veut l’invitée d’honneur des cuirs et des matières synthétiques. Les traditionnels noir, beige et taupe auront du mal à rivaliser avec la palette chromatique riche que proposent les maroquiniers : vert pomme, vert olive, rose fuchsia, rouge flamme, bleu électrique, bleu indigo, violet et jaune tournesol, lequel obtient la faveur d’une grande majorité de stylistes. Plus posée, la gamme des bleus azur, vert tendre, vieux rose et glycine donnera également la réplique avec force conviction. « Elle a déjà plu l’an dernier, on peut donc parier qu’elle sera toujours à la mode » souligne-t-on. Les matières, quant à elles, se partagent entre les cuirs dans toutes leurs variétés, les mélanges toile et cuir et les synthétiques. Pour ces derniers, soit on tente d’imiter le cuir, soit on mettra l’accent sur les effets irisés ou métallisés, les impressions numériques et les touchers soyeux. De leur côté, les cuirs se veulent également plus travaillés. S’ils n’échappent pas complètement aux grainés et aux lisses, ils attirent de plus en plus de matelassés, les reliefs embossés ou cannés. Par ailleurs, le souple, parce qu’il offre un toucher plus sensuel, semble préféré au rigide. Plus surprenant, le cuir exotique se teinte pour lui donner plus de modernité et l’aspect délavé, jusqu’ici usité pour les textiles, se penche, désormais sur les cuirs sans tomber dans l’aspect streetwear. C’est là toute la subtilité. Tout aussi subtil là encore, le travail des designers pour rendre les sacs eastpak modulables : pour adapter différents volumes et variations de porter ou pour offrir une version deux en un. Saison estivale oblige, les fabricants ont répondu à l’appel de la fonctionnalité et de la légèreté. D’où également le développement de divers formats pour convenir aux multiples besoins, avec notamment dans les extrêmes, une forte proportion de grands volumes, voire des sacs 48 heures et des touts petits, voire des minaudières. Assez inattendus en revanche, les sacs matelots rehaussés de gros lacets refont surface, à la mer comme à la ville, dans des couleurs primaires comme sorties d’un jeu de Legos. Certaines lignes entonneront ainsi des airs de chants marins sure des jeux de rayures et des détails comme les boutons pressions en forme d’ancre. A l’inverse, d’autres résolument urbaines préféreront l’allure chic et sophistiquée en mettant l’accent sur des finitions plus abouties, comme des accessoires en agate du Brésil et des aspects couture (perforations, piqûres sellier…). Mais ces modèles plus classiques n’en oublieront pas pour autant les vertus de l’audace pour séduire.

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